Spiritualité soufie

Conférences, ateliers, méditations Soufis à Avignon, Montpellier, Marseille et Nice

Faouzi Skali : «Lier écologie et spiritualité peut devenir une réflexion féconde»

Entretien avec Faouzi Skali, président du Festival de Fès de la culture soufie : «Lier écologie et spiritualité peut devenir une réflexion féconde»

Publié le : 19.04.2010 | 15h28 dans le matin

Le Festival de Fès de la culture soufie a inauguré, samedi 17 avril, à Fès sa 4e édition sous les thèmes «Mystique et poésie» ou «Pour une poétique de civilisation».

Le Matin : Le soufisme, qui est au cœur de votre événement, méritait selon certains critiques d’être défini en tant que concept lors du festival qui lui est dédié. Chose que vous avez programmé pour l’ouverture. Etait-il facile de faire le tour de cette doctrine en un après-midi ?

Faouzi Skali : Non, c’était même véritablement une gageure. Mais il fallait répondre à une demande légitime de nombreux participants, musulmans et non musulmans, qui souhaitent mieux comprendrel’histoire et la signification du terme « soufisme ». Cette demande peut se situer à différents degrés. Certains ont lu les poésies de Rumi, ou même de Omar Khayyam, d’autres expriment un intérêt intellectuel ou historique, d’autres enfin sont mus par une soif spirituelle. La difficulté de l’exercice consiste à essayer de répondre à des attentes différentes tout en tenant compte aussi du fait qu’il s’agit d’une séance inaugurale, avec la présence de nombreuses personnalités. Mais il était en même temps intéressant de dépasser le contexte de discours trop convenus, pour introduire dès le départ certaines questions essentielles dans le cadre de ce festival. Il s’agissait de brosser certes une histoire du soufisme mais de montrer aussi comment cette spiritualité peut aujourd’hui refonder, ou régénérer, une pensée contemporaine qui peut nous aider à repenser le monde différemment, et à envisager certaines solutions dans une perspective très proche de ce que Edgar Morin appelle « une politique de civilisation ».

Pourquoi avoir choisi des intervenants spécialisés dans différents domaines ?

Cette articulation entre spiritualité et société, indiquée dans le cadre de ce forum par l’intitulé: « Une âme pour la mondialisation », ne doit pas simplement rester un concept abstrait mais déboucher sur une réflexion tangible à même d’initier, au sein de la société, de véritables changements et transformations. C’est d’ailleurs le propre du soufisme que de développer une science pratique, une science dite »utile » à même d’initier, dans le sens d’un plus grand épanouissement, individuel et collectif, ces changements. Le but du festival et du forum est de créer à travers le temps un réseau de personnes aux champs d’action différents et complémentaires qui peuvent développer, au-delà de la ponctualité de cette manifestation, cette association entre réflexion et action.

Quel serait, aujourd’hui, le rôle des personnes emblématiques du soufisme, qu’on appelle les «Figures du Shaykh vivant» ?

Il ne faut pas perdre de vue qu’il y a une différence entre culture soufie et spiritualité soufie proprement dite. Cette dernière relève d’un enseignement et d’une pratique personnels qui ne peuvent être dispensés que par une personne qui en a véritablement la qualification. On peut avoir une connaissance encyclopédique du soufisme sans en aucune façon avoir cette dernière. Un « Shaykh vivant », à la différence d’un savoir livresque, est celui qui peut progressivement accompagner un disciple sur ce chemin de transformation intérieure. Mais cette transformation devient elle-même porteuse d’une culture qui en possède les traces et les valeurs.

Pensez-vous que le patrimoine culturel soufi est sauvegardé comme il faut?

Je pense qu’il y a un énorme travail à réaliser dans ce sens pour sauvegarder et, mieux, régénérer les lieux, les ouvrages, le patrimoine immatériel qui sont d’une immense richesse, en particulier dans notre pays. Il y a, à l’origine même de la création de ces festivals et forums, l’idée de créer à terme un institut de sauvegarde et de promotion du patrimoine du soufisme auquel peuvent être associés plusieurs chercheurs universitaires. Cette année une collaboration fructueuse dans ce sens a été initiée avec l’université de Fès.

Comment la spiritualité et le soufisme peuvent-ils devenir acteurs du développement humain ?

L’erreur a été ces dernières décennies de croire que le développement relève d’une approche purement matérielle et à confondre taux de croissance et développement. On s’est finalement rendu compte, devant les dégâts accumulés, que le facteur principal du développement est l’humain. Et l’on fera un pas supplémentaire en prenant en compte que le véritable développement doit être lié à ce qu’il y a de plus profond dans notre humanité; sa dimension spirituelle. Cette notion avait été centrale dans le développement de la civilisation de l’Islam à travers la « futuwwa » des corporations de métiers par laquelle valeurs spirituelles et travail sont profondément liés.

En partant du principe que l’Islam est un projet civilisationnel et pourquoi pas citoyen, vous avez choisi de consacrer des conférences à la thématique de l’environnement. Quel(s) message(s) voulez-vous transmettre ?

Qu’il n’est pas possible de transformer notre comportement vis-à-vis de la nature si on ne transforme pas notre rapport à nous-mêmes et au monde. Autrement nous allons seulement nous maintenir dans la schizophrénie actuelle qui consiste à accumuler un monceau d’informations sur la nocivité de nos modes de vie et à être incapables pour autant de procéder à leurs changements. La multiplication des sommets sur l’environnement qui n’aboutissent nulle part en est une illustration. Là encore lier écologie et spiritualité peut devenir une réflexion féconde.

Une âme pour la mondialisation

Ce festival auquel participent un grand nombre de conférenciers, artistes et visiteurs, du Maroc et de différents pays du monde, accueille en son sein, depuis sa création, un Forum international intitulé : « Une âme pour la mondialisation ». Le but de ces Festival et Forum est de faire connaître les différentes expressions des cultures soufies à travers le monde, dans leurs expressions artistiques et spirituelles, et la façon dont celles-ci peuvent féconder un champ de réflexion contemporain , dans le monde musulman et au-delà. Au cours de l’histoire le Soufisme a été la matrice d’une production intellectuelle, artistique, littéraire, poétique et sociale d’une grande richesse qui a progressivement donné à la civilisation de l’Islam son génie et sa coloration particulière. Il lui a donné aussi cette capacité de s’adapter aux temps et aux lieux, tout en maintenant, entre ses expressions multiples un fil conducteur et une unité essentielle. Au-delà de constituer un patrimoine culturel d’une extraordinaire richesse , populaire et savant, le soufisme est avant tout une voie de transformation spirituelle qui ne peut donc que s’inscrire dans le présent, une contemporanéité, à la fois individuelle et collective. Une sentence soufie bien connue dit que «le soufi est le fils de son temps».

Abd Al Malik : « J’appelle à un regard plus juste »

Publié le 04/03/2010 lepoint.fr

INTERVIEW

Abd Al Malik : « J’appelle à un regard plus juste »

L’artiste Abd Al Malik est l’auteur de « La Guerre des banlieues n’aura pas lieu », publié aux éditions Cherche Midi. ©B.F.C

Par Propos reccueillis par Suliane Favennec

Rappeur puis slammeur, Abd Al Malik est aussi et surtout un poète. Un talent qu’il met en exergue pour militer pour la paix et le « vivre ensemble ». Déjà connu et reconnu dans le monde musical, l’artiste français d’origine congolaise s’est attaqué à la littérature. Après le succès de son ouvrage Qu’Allah bénisse la France (Albin Michel, 2004), il réitère avec La Guerre des banlieues n’aura pas lieu, sorti aux éditions Cherche Midi en février dernier. D’une écriture simple mais vraie, il pointe du doigt les problématiques qui enflamment actuellement la France. Prophétique ou utopique ? Pour le point.fr, l’artiste a bien voulu répondre…

lepoint.fr: Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre ?

Abd Al Malik : J’ai le sentiment qu’on vit une période particulière. On est à une sorte de carrefour qui augure à la fois de choses merveilleuses, de possibilités positives, mais aussi du contraire. Mais c’est dans ces moments là que les meilleures choses doivent sortir et que l’on se dit que tout est encore possible. Je suis de ceux qui allument une bougie et non qui maudissent l’obscurité… Et l’objet littéraire est le meilleur moyen pour avertir, se projeter dans l’avenir et ouvrir une porte : celle du lendemain.

Justement, comment voyez-vous ce lendemain ?

Je pense que la guerre des banlieues n’aura pas lieu. Et, idéalement, j’aimerais qu’on puisse comprendre que la différence est quelque chose de positif. Il faut saisir l’unité dans le multiple et y trouver une harmonie. Cette tension est le challenge de chacun. Les formes et les apparences, même si c’est ce que l’on voit en premier, sont toujours secondaires. Mon histoire, la vôtre, c’est le cheminement d’un être. Chacun doit choisir sa voie, ce qui l’élève, ce qui va transcender son regard. Dans mon ouvrage, je parle de mon propre chemin : celui de la spiritualité.

D’une certaine manière, votre conversion à l’islam vous a permis de vous accomplir ?

Tout à fait. Converti à 15 ans par choix et par voie, je me suis senti véritablement musulman lorsque j’ai rencontré mon maître et le soufisme, le coeur de l’islam. Mais beaucoup encore, même au sein des musulmans, ne connaissent que très peu l’islam. Ce livre, c’est un peu pour dire : « Stop ! » C’est aussi se demander : « Mais de quoi parle-t-on ? Qu’est-ce qu’il y a derrière les mots ? Qu’est ce que cela signifie ? » Normalement, c’est à la République et à ses représentants d’expliquer cela et de faire les concordances. À un moment donné, on a la responsabilité d’expliquer justement les choses. Et pourtant, aujourd’hui, quand on parle d’islam, on a tout de suite des représentations : Ben Laden, 11-Septembre, la burqa, etc. Le problème réside en ces confusions.

La burqa, les débats sur l’identité nationale, votre livre arrive à point nommé dans toute cette actualité…

Oui et je suis frappé par cette période d’incompréhension de l’islam. On monte en épingle des choses qui ne concernent que trois pèlerins. C’est le cas pour la Burqa. C’est comme mettre de l’huile sur le feu et ajouter à la confusion, alors qu’en réalité, la Burqa ne représente qu’une minorité. Alors, la vraie question est : « Est-ce qu’on n’a pas un autre problème avec l’islam ? »

Et concernant l’identité nationale ?

Ce débat est malvenu et maladroit. Il divise. Quand je rencontre quelqu’un, il me demande systématiquement : « Tu viens d’où ? » Ma réponse : « Je suis alsacien. » Car j’y ai grandi. La personne se retrouve confuse et se rend bien compte que dès le début, elle ne m’a pas considéré comme un Français. De fait, et d’une manière générale, on se sent rejeté. On finit par devenir plus fier de se dire algérien, marocain, sénégalais, etc. que français. Et pourtant, nombreux sont ceux qui ne connaissent que la France. Encore une fois, aux politiques de changer cela et de mettre en pratique tous les principes républicains qui fondent la France afin que chacun puisse trouver sa place. Malheureusement, je ne sais pas s’ils ont véritablement conscience de tout ça. Moi, je suis français et aussi musulman. Et pour autant, je suis totalement en phase avec les principes républicains, laïcs. J’aime mon pays qui est la France…

Finalement, votre ouvrage est un appel ?

Oui. J’appelle à mettre en lumière ces problématiques françaises. Écrire cet ouvrage, c’est à la fois interpeller les politiciens, mais aussi l’ensemble des Français. L’acte littéraire, c’est celui d’un citoyen engagé par les problématiques de son temps et de son pays. J’utilise mon histoire et l’histoire de plein de monde pour décrypter et faire comprendre les choses. J’appelle à un regard plus juste. Je ne suis qu’un troubadour qui, par le biais de son cri littéraire, pose des questions… en quête de réponse. Ensemble, on les trouvera.

Soufisme et société, Vers une nouvelle forme de mobilisation des ressources spirituelles dans notre vie quotidienne – Faouzi Skali

Conférence : Soufisme et société

Vers une nouvelle forme de mobilisation des ressources spirituelles dans notre vie quotidienne.

Publié le 05 septembre 2010 par Par Ouafaâ Bennani | LE MATIN

Lors de la conférence «Soufisme et Société », organisée par la Fondation ONA dans le cadre des soirées ramadanesques, le Dr Faouzi Skali, spécialiste du soufisme a soulevé la question pertinente de la spiritualité qui, d’après lui, prend un sens tout à fait particulier à notre époque, parce qu’elle implique une réflexion sur le rôle qu’elle peut jouer à un niveau social.

« C’est un chemin de travail, de transformation et d’amélioration de soi qui aboutit à des conséquences directes sur le plan relationnel, notamment social. Il faut avoir une conscience collective sur un plan spirituel, car nous sommes, actuellement, dans un monde où un paradigme, en quelque sorte global, dure depuis ces dernières décennies se basant sur le fait que le développement matériel est la base de toute forme de développent humain. Ce progrès linéaire et permanent étant devenu une sorte de nouvelle religion, c’est-à-dire que dans ce développement, il y a une sorte de progression continue. Donc, nous sommes en train de basculer dans un autre paradigme qui nécessite une prise de conscience. Et c’est là où l’on peut parler de spiritualité collective et de l’importance de la culture spirituelle et des ressources spirituelles qu’on peut trouver dans notre propre histoire et patrimoine pour pouvoir utiliser ces sources de sagesse, d’expérience dans notre vie quotidienne et dans la transmission de ce projet sociétal commun dans la production d’une forme d’intelligence collective.

Car il ne peut pas y avoir de développement sans cette conscience collective. Cela prouve qu’il y a aussi une évolution matérielle nécessaire pour une société, mais qu’elle est impossible à concevoir en dehors d’un aspect qualitatif et non pas simplement quantitatif et qui est celui des valeurs spirituelles, des modes d’être, de culture, d’art et de conception de la vie », explique l’anthropologue Faouzi Skali.
Et d’ajouter que ce paradigme est beaucoup plus en adéquation avec les besoins de notre époque. Car une croissance sans cette dimension humaine et spirituelle, conduit à une espèce de cataclysme généralisé. « Je pense que dans le monde musulman, le soufisme peut jouer un rôle fondamental de ce point de vue là et peut constituer le moteur d’une transformation de la société ».

Sachant que le soufisme au Maroc possède une importance centrale et fait partie des piliers de la tradition de l’Islam, le Dr Faouzi Skali assure qu’on peut retrouver un certain nombre d’éléments tout à fait appropriés pour lancer cette nouvelle perception du développement de l’Humain de manière générale.

Pour lui, ce sera une nouvelle forme de mobilisation de ces ressources spirituelles qu’il faut intégrer dans ce processus de développement afin de participer à une forme de transformation sociale. Quant à la capacité spirituelle d’inspirer une pensée sociale et politique, M.Faouzi Skali a soulevé la question posée continuellement, à juste titre, sur tous les dangers que peut engendrer la relation entre religion et politique, un des problèmes majeurs lorsqu’il y a une forme d’instrumentalisation de la religion par le politique. «Mais, je pense que l’erreur est dans la conception du rapport établi entre cette dimension. Évidemment, la religion a forcément des aspects politiques. Elle fait partie de l’échange, des règles sociales,… Donc, le processus de travail doit aller dans le sens où la spiritualité doit œuvrer à élever les valeurs du comportement, de l’éthique personnelle, des valeurs humaines et sociales de telle manière qu’elles puissent inspirer une perception noble de l’action politique et des finalités politiques. Mais, également, tout ce qui est en rapport avec les enseignements, social économique et culturel.

Et donc, je pense que ce travail doit être amené à être compris, parce que les différences sont très subtiles et ce n’est que par la pratique et la compréhension d’une politique citoyenne qu’on peut assumer cette responsabilité. Nous avons besoin d’une science de spiritualisation du concept non pour théologiser la politique mais pour la lier non pas à une forme d’idéologie, mais à une forme de comportement, d’éthique et de perception de finalité qui permet d’élever et d’anoblir le métier de la politique, dont nous avons besoin non seulement dans notre pays mais aussi de par le monde ». F.Skali ajoute, à cet effet, que la décrédibilisation de la politique vient du fait qu’elle s’est complètement déspiritualisée. «Il y a un processus d’acculturation qui a marqué l’identité de l’histoire marocaine. L’imprégnation culturelle est très importante dans ce sens.

Communiquer cet esprit dans l’éducation scolaire, universitaire et à travers les nouvelles conceptions de l’acte politique, peut aboutir à une nouvelle conception de la société en général. L’apport du soufisme aujourd’hui peut, donc, devenir une source d’inspiration très intéressante qui peut amener à des solutions innovantes.
Une sagesse qu’on peut s’approprier en se ressourçant vers des formes nouvelles très pertinentes pour notre avenir ».

Entre d’autres points débattus dans sa conférence, M.Skali a relevé l’enjeu que pourrait constituer aujourd’hui un renouveau spirituel dans le monde musulman, et au-delà, tout en évoquant un certain nombre d’idéologies qui sont nées pour être salvatrices par rapport au monde musulmans, comme, par exemple, les frères musulmans, les ouahhabis, entre autres, et qui furent la source de véritables drames dans le monde musulman bien qu’elle dénotent d’une volonté de réformer ce monde et lui redonner la place qui lui incombe. « On se rend compte qu’à côte de ce simplisme et ce réductionnisme, il y a un combat.

Un parcours imprégné de soufisme

Docteur en anthropologie, ethnologie et sciences de religions, Faouzi Skali est, également, écrivain francophone qui œuvre pour le dialogue des hommes et des cultures. La fin de ses étude a été marquée par sa soutenance d’une thèse à Paris-Sorbonne sur « Les Saints et les Sanctuaires » de Fès.
Mais déjà à l’âge de 23 ans, sa lecture du « Livre du dedans » de Jalâl ud Dîn Rûmî, traduit en français par Eva de Vitray-Meyerovitch, l’oriente vers le soufisme, dimension mystique de l’islam. Un an plus tard, il rencontre Sidi Hamza al Qâdiri al Boutchichi dont il devient le disciple. Membre du Groupe des Sages nommé par le président de la Commission européenne, Faouzi Skali a contribué à la réflexion sur le « Dialogue entre les peuples et les cultures dans l’espace euro-méditerranéen ».
Il est, par ailleurs, le fondateur-directeur du colloque international « Une âme pour la mondialisation », depuis 2001 comme il a été à l’origine du « Festival des musiques sacrées de Fès », fondé depuis 1994.
Son riche parcours compte, aussi, la fondation, en 2007, du Festival de la Culture Soufie à Fès.